L’impact du confinement sur l’écosystème des startups françaises.

avril 27, 2020

CR Visioconférence du jeudi 23 avril 2020

https://www.youtube.com/watch?v=m_61G0bBKnE

Restitution de l’étude : Et vous, startuppeur, comment vivez-vous le confinement ?

La visioconférence débute par la restitution des principaux enseignements de l’enquête, réalisée par Florian Bercault, Président et cofondateur d’Estimeo, la plateforme d’information, notation et valorisation des startups.

L’objectif de cette étude était de donner la parole aux entrepreneurs et comprendre, de manière chiffrée et statistique, l’impact du confinement et, plus largement de cette crise, sur l’écosystème. Un échantillon de 200 startups, représentatif de l’écosystème startup en France, a répondu à l’enquête.

L’étude a été menée autour de la 3ème semaine du confinement, les statistiques ont pu s’accentuer.

La grande leçon à retenir de cette étude est le résultat paradoxal avec, d’un côté, 87% des startups étant positives et zen, mobilisées pour lutter contre le virus et pour assurer la continuité de leur activité et de l’économie du pays et, de l’autre, seulement 34% des startups déclarent avoir les fonds propres nécessaires pour survivre à cette crise.

Ce paradoxe peut s’expliquer notamment par le couple risque/opportunité présent dans chaque crise, avec par exemple, la naissance de PriceMinister (aujourd’hui Rakuten) ou de Vente Privée (aujourd’hui Veepee) pendant la crise de 2001 ou de Airbnb, Whatsapp ou encore Uber en 2008/2009.

Quelques graphiques présentés par Florian Bercault :

État d’esprit des entrepreneurs en confinement

A retenir : les entrepreneurs préfèrent regarder le verre à moitié plein, même si 13% quand même se disent « déprimé, dépassé et inquiet ».

État des fonds propres des startups face à la crise

A retenir : il convient de distinguer 3 groupes distincts concernant les besoins en fonds propres face à la crise : 1/ les startups ayant les fonds suffisants pour traverser la crise (34%) ; 2/ les startups qui devront s’adapter pour traverser la crise (40%) ; 3/ les startups faisant face à de réelles difficultés financières et pas certaines de survivre (26%).

Réalités du travail à distance au sein des startups

A retenir : En matière de télé-travail, les startups savent y faire. Le recours au chômage partiel semble plus modéré que la moyenne des entreprises (38%).


Besoins de conseils des startups pendant le confinement





A retenir : Le trio des préoccupations des startups : 1/ la trésorerie ; 2/ la communication et 3/ la valorisation.


Le monde d’après avec ou sans les startups

  • Les startups manquent vite d’oxygène sur une planète où la croissance exponentielle n’est plus permise. A quand un retour possible de l’hypercroissance des startups ?
  • Un déséquilibre à venir entre la demande et l’offre de financement en capital. Sur le mois de mars, on assiste à une baisse de 55% des montants levés sur 1 mois avec 36 opérations au mois de mars contre 54 en février.
  • Le dysfonctionnement du circuit de financement sur toute la chaîne, allant de l’amorçage au capital-développement. Telle la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say « l’offre crée sa propre demande », les réussites entrepreneuriales créent les prochaines. Car, dans l’industrie des VC, la rémunération se fait par la plus-value et non le dividende.
  •  Il vaut mieux consolider et faire transiter le monde des startups vers une innovation plus responsable et plus résiliente, avec des mesures de soutien et contracycliques plutôt que de repartir d’une feuille blanche.

Petit signe d’espoir : le monde de la bourse

Tout compte fait par rapport à la bourse, les industries technologiques font de la résistance.

En effet, le signal de la bourse est plutôt positif, puisque les valeurs technologiques, malgré un bêta élevé, ont bien résisté face à la tornade du 18 février par rapport aux autres valeurs boursières. Les grands gagnants sont les healthtech/medtech. Du côté des GAFAM, Amazon est le grand gagnant de cette crise, qui tire l’indice GAFAM vers le haut.

L’innovation est donc bel et bien porteur de valeur selon les investisseurs.

Table-ronde d’experts du capital-risque et de l’accompagnement

Dans la deuxième partie de cette conférence, Florian Bercault donne la parole aux experts VC et Bpifrance.

Le paradoxe de l’optimisme des startups face à des défauts de trésorerie

Pauline partage cet optimisme et voit notamment chez les startups qu’XAnge accompagne, une certaine agilité leur permettant de s’adapter rapidement et se diversifier, pour continuer au maximum leur activité ou du moins ne pas l’arrêter complètement.

XAnge a déployé un « Book Covid » pour répondre aux enjeux des startups, avec une concentration sur la partie légale et notamment trois gros sujets :

  • L’activité partielle,
  • Les dispositifs PGE PSI, la plupart des entreprises commencent à avoir des retours un mois après,
  • Gérer le management à distance.

Pauline reconnait la réactivité du gouvernement qui propose un soutien très complet pour aider les startups à sortir de la crise.

Pour Anaïs, les startups se doivent d’être optimistes sur le long terme pour leur business. Même si l’incertitude reste forte, tant que le système bancaire reste sain, il est possible d’espérer un rebond en fin d’année et un retour à la normal d’ici 12 mois.

Axa Venture Partners n’a donc pas changé sa thèse d’investissement, et continue à étudier les dossiers et à investir.

Stéphane revient sur deux mesures mises en place par le gouvernement et Bpifrance :

  • Plateforme pour les attestations pour les PGE :
    • Plus de 250K entreprises y ont eu accès au recours ce qui représente plus de 40M d’euros développés,
    • 15K startups ont obtenus le PGE ,
  • Un nouveau produit qui sera bientôt disponible, le PSI, qui pourra être distribué par Bpifrance.

Impact de la crise sur les fonds d’investissement

Comme l’expliquent Anaïs et Pauline, certaines due diligence à distance sont faisables, comme la partie technique. Cependant, la nouveauté est de finaliser le cycle sans avoir rencontré physiquement le fondateur, alors que l’humain reste l’élément majeur dans le choix d’investissement notamment en amorçage.

Plusieurs grosses levées de fonds (50M pour Alan et 4M pour Libeo) rassurent sur la possibilité de lever des fonds en temps de crise. Cependant, en termes de dealflow, le nombre de dossiers diminue et une baisse des levées de fonds est à prévoir.

Certains fonds sont refroidis par la situation, Bpifrance a donc mis en place le FrenchTech bridge, pour remplacer un investisseur qui aurait fait une défection, avec des obligations convertibles.

Mathias conclue en étant très transparent : certes les fonds VC continuent à étudier les dossiers mais les volumes d’investissement vont ralentir et, en parallèle, les conditions d’investissement vont se durcir avec la réapparition de certaines clauses, comme la clause ratchet par exemple.

Les montants des levées vont diminuer de 30 à 40%. Les investissements vont être fait dans une logique de ratio de l’efficience. La startup va devoir prouver ce qu’elle peut faire avec 1 euro investi. Le rôle du CFO va ainsi évoluer et prendre de l’importance pour montrer des KPI très clairs et une stratégie cash oriented.

La question de la communication en temps de crise

La communication externe est un sujet très sensible. Les VC recommandaient de rester discrets sur les bonnes nouvelles, les opportunités et levées de fonds. Il semblerait que cette tendance ait évoluée avec les semaines.

Une bonne communication interne entre les fondateurs et avec l’équipe doit être maintenue et est essentielle pour la survie de la startup. Par ailleurs, la communication doit être très transparente également avec les investisseurs notamment sur l’impact identifié.

Les lignes de fuite, une innovation davantage responsable et à impact ?

Nous sommes nombreux a souhaiter que cette crise débouche sur un monde plus solidaire, plus sain, plus local et plus soucieux de l’environnement. Est-ce une utopie ?

L’entraide, télémédecine, Livestorm et les nouvelles pratiques autour du télétravail, les nouvelles façons de collaborer, la solidarité, en effet, les réflexes semblent avoir changer.

Si certains se disent plutôt pessimistes face à l’humanité et à son évolution, d’autres sont optimistes et restent persuadés que ces nouveaux usages vont perdurer.

Nous remarquons une certaine lucidité de la part des intervenants, qui ne se voilent pas la face. Le propre de l’homme est d’oublier, que restera-t-il de cette période de confinement ?