RETOUR SUR LE START-UP BREAKFAST #2

L’ANTI-PITCH DE FUNKY VEGGIE ET 1001PACT

Pour ce deuxième start-up breakfast, nous continuons notre randonnée sur les sentiers de l’entrepreneuriat et partons à la rencontre de deux jeunes « entrepreneuses » : Camille Azoulai co-fondatrice de Funky Veggie et Eva Sadoun co-fondatrice de 1001pact.

Florian Bercault, Camille Azoulai, Eva Sadoun et Alfredo Garcia

Camille, alors encore étudiante, lance Funky Veggie en 2016 avec le but de démocratiser le manger sain en le rendant plus fun(ky ?). Eva, quant à elle, co-fonde en 2015 1001pact, une plateforme de crowdfunding dédiée à l’investissement à impact qu’il soit sociétal, économique ou environnemental.

Nos deux start-ups, en pleine accélération, ont encore une longue route parsemée d’interrogations devant elles : Comment 1001pact va aborder son internationalisation et sa prochaine levée de fonds ? Comment Funky Veggie va intégrer de nouveaux produits et gérer un volume de plus en plus conséquent ?

S’il leur reste encore des défis, Eva et Camille en ont déjà relevés plus d’un, revenons sur le chemin parcouru et marchons dans leurs pas à la recherche de réponses aux grandes (ou nombreuses ?) questions de l’entrepreneuriat.

Pour Eva et Camille, l’aventure commence avec la bonne association

Eva, spécialisée en finance, a toujours eu l’envie d’entreprendre de façon responsable. C’est avec son meilleur ami Julien qu’elle se lance. Ils commenceront par créer une ONG au Togo, puis lancent deux autres projets qui échoueront assez rapidement. Alors qu’on le lui avait vivement déconseillé, Eva s’est associée avec un ami. Pour elle, le partage de valeurs, de convictions et ultimement de vison a été un facteur clé dans leur succès. Eva souligne l’importance de cette vision comme un facteur de résilience : il faut voir GRAND pour rester stimulé et engagé dans son projet.

C’est donc en 2015 qu’ils créent 1001pact pour pallier le défaut de financement (« equity gap ») que rencontrent nombre d’entrepreneurs sociaux en utilisant le ‘levier de la foule’. Cette plateforme permet aux particuliers de financer des projets à impact positif mais apporte aussi un partage de risque permettant plus de co — investissement avec des acteurs institutionnels.

L’impact du binôme entrepreneurial ne s’arrête pas là. Pourtant de profils assez similaires, Eva et Julien forment un binôme complémentaire surtout de par leurs appétences. Le partage des tâches est un enjeu clé et Eva préconise clairement de se focaliser sur ce que l’on fait de mieux.

Camille aussi insiste sur le rôle de la complémentarité entre associés. Tout juste rentrée d’une année d’échange en Chine et encore étudiante, elle rencontre son futur associé Adrien lors d’un « start-up weekend ». Lui, Adrien, est financier et elle, communicante, des compétences complémentaires idéales pour lancer un projet. Ils lancent Funky Veggie en juillet 2016 avec comme mission de démocratiser le manger sain avec des produits « sans rien de bizarre à l’intérieur ».

Tester son concept grâce à une communauté : le POC

Funky Veggie se pose avec un défi : investir son marché sans un euro. Ils commencent tout d’abord à commercialiser des Paniers (« Panyeah ! ») qui cochent toutes les cases du sain (vegan, bio, …) et se construisent rapidement une communauté. Une communauté qu’ils mettront à profit dès le début pour trouver leur prochain produit.

Pour Funky Veggie, ce début d’activité a été une vraie période de test qui leur a permis de trouver leurs priorités et de tester leurs produits, mais aussi d’identifier et d’affiner leur marché et positionnement. Camille décide donc de s’attaquer à la grande distribution où le manger sain n’est pas très présent. C’est à base de retours clients et d’expérimentations dans leur cuisine puis dans un vrai labo qu’ils mettent au point la boule, leur nouveau snack.

1001pact est aussi passée par une phase de test enrichissant, un POC pour son activité. Car si le problème marché était tout trouvé (le financement difficile de l’innovation sociale) la solution était à tester. 1001pact teste donc son business avec 3 projets qui se financent avec succès !

Se faire accompagner : oui, mais comment sans ressources financières ?

Malgré ce succès, 1001pact a aussi connu des difficultés notamment en matière de réglementions (rédaction de pacte d’actionnaire, agrément AMF…). Une expérience dont ils tirent des conclusions : « sur certains sujets l’aide d’un expert est souvent nécessaire ». Une philosophie que Funky Veggie a aussi adoptée, notamment à travers l’aide d’experts du packaging agroalimentaire.

Camille et Eva sont toutes deux passées par un incubateur — surtout pour le prix compétitif des locaux — mais priorisent toutes deux un accompagnement plus qualitatif (experts sectorielles, juristes …) parfois indispensable au développement de la start-up.

Savoir profiter de son écosystème et de son réseau

Pour développer leurs projets Eva et Camille ont aussi su tirer profit de leurs écosystèmes et réseaux. Les efforts de communication et l’évangélisation de la marque Funky Veggie à travers la commercialisation des Panyeah leur a permis de construire une communauté engagée (et de toucher des premiers revenus). Comme évoqué précédemment, cette communauté a été un atout majeur pour l’élaboration de leur produit, mais elle leur a aussi permis de réussir une campagne de crowdfunding pour financer partiellement leur appareil de production. Camille a su relever le pari d’aborder son marché sans dépenser ; une approche « lean start-up » qui permet un développement à moindre coût.

Funky Veggie a su aussi profiter de son écosystème sectoriel en gagnant deux concours spécialisés : le prix étudiant Foodtech et le concours de start-up Franprix qui leur a permis de commercialiser leurs boules dans 51 enseignes en Île-de-France.

1001pact a aussi su tisser des liens solides avec son écosystème. Ils ont en effet intégré les acteurs de leurs secteurs dans leur projet. Ils ont dès le début approché les fonds d’investissement à impact et les ont impliqué dans la construction de la plateforme en les sollicitant pour une aide à la sélection des critères d’investissement avant de les incorporer au comité d’investissement pour enfin les voir rentrer au capital. Les fonds à impact, peut-être plus disruptifs que les VC classiques, ont apporté une aide précieuse au projet et assuré à 1001pact une place dans l’impact investing.

Engager les acteurs de leur écosystème a ainsi été une stratégie payante pour Camille et Eva

Trouver des fonds : s’ouvrir à toutes les possibilités de financement !

Lever des fonds (ou juste se financer), c’est le nerf de la guerre pour la plupart des start-ups early.

Funky Veggie a choisi la voie de l’autofinancement pour ces débuts (Panyeah + crowdfunding) mais est aussi allé chercher des subventions auprès de la BPI. Petit conseil de Camille : pour une innovation qui n’est pas technologique, sortir de Paris !

1001pact est passé par un chemin plus classique et n’as pas eu (trop) de mal à lever des fonds en amorçage avec des acteurs comme la BPI. C’est pour la deuxième levée en « seed » que les choses se corsent ; les discussions avec les fonds sont plus longues et la compétition inter-fonds est un paramètre à prendre en compte. Pour éviter les mauvaises surprises (désistement d’un fond, défaut de trésorerie … ce qui est arrivé à Eva !) un conseil précieux : toujours s’ouvrir à toutes possibilités de financement et rester en contact avec ses prospects. Après le désistement de leur fonds, 1001pact a su combler le trou avec une avance de trésorerie négociée avec la BNP et a très vite repris la discussion avec d’autres fonds pour finalement lever 500.000 euros. Eva prépare en ce moment sa troisième levée de fonds (2M€) pour accélérer son internationalisation. Pour trouver le bon fonds, il faut un « investisseur qui reflète l’entrepreneur ».

Pour conclure : encore des défis à relever pour Funky Veggie et 1001pact

Funky Veggie s’est tout d’abord positionné sur un marché de niche (le sain, vegan, sans gluten…) avec la commercialisation de leur Panyeah. Suite à cette phase de test et de développement marché, ils ont ouvert leur offre à un panel plus large de consommateurs avec le développement de la boule et son arrivée dans la grande distribution. Une transition réfléchie qui s’inscrit dans la démarche de démocratisation du vegan. Une démarche qui nécessite une attention particulière à la communication (Funky Veggie aurait pu être Funky Vegan mais un nom trop militant n’aurait pas servi la cause) et aux produits vendus. Funky Veggie a su se différencier à travers sa communication et se créer une marque forte qui sera sûrement un levier pour de futurs succès. Mais, de nombreux défis restent à relever pour pérenniser leur activité et continuer de se développer.

1001pact a su profiter d’une innovation juridique / règlementaire (le crowdfunding et plus particulièrement le crowdequity) pour se positionner sur un nouveau segment de marché. Dès ses débuts, 1001pact s’est créé une place dans l’écosystème de l’investissement grâce à une coopération avec plusieurs fonds. 1001pact a su se focaliser sur ses forces (la finance et l’impact) et externaliser des activités quand il le fallait (la communication…). Une belle réussite avec plus d’une quinzaine de projets financés et bientôt le passage de 3 à 11 pays !

Pour plus de retours d’entrepreneurs à succès n’hésitez pas à vous inscrire à notre prochain petit-déjeuner !

Théo MaesAnalyste chez Estimeo